Biodiversité marine 5mn
Comment se créent les noms des poissons ?
Connaitre les noms scientifiques des poissons, c'est l'assurance de ne pas confondre les espèces. Mais comment les crée-t-on ?
Si au cours de votre visite de Nausicaá, vous échangez avec un soigneur ou une soigneuse au sujet d’un animal, il y a de fortes chances pour qu’ils vous donnent son nom scientifique aux résonnances latines ou grecques.
Mais comment sont déterminés les noms des espèces animales ?
Les noms communs ou noms vernaculaires des poissons se créent de façon informelle et sont déterminés par l’aspect de l’animal ou encore par son habitat ou son comportement. Par exemple le poisson mandarin doit son nom à sa robe multicolore, le poisson-clown à ses couleurs, le poisson-rasoir à son corps en forme de lame ou encore le grondin perlon fait référence aux bruits qu’il produit.
Cependant d’une région à une autre, les noms vernaculaires changent pour désigner le même poisson. Le bar Dicentrarchus labrax qui se pêche en Bretagne et dans la Manche devient le loup en Méditerranée alors qu’il existe un poisson loup à ocelles Anarrhichthys ocellatus en Atlantique Nord. De quoi se perdre et ne plus savoir de qui on parle !
Parfois, un même poisson peut avoir plusieurs appellations : le cabillaud qualifie le poisson frais et celui-ci devient morue Gadus morhua s’il est salé ou séché. Sur les étals certains poissons ont un nom plus attirant : la roussette Scyliorhinus canicula devient la saumonette.
Pour éviter des confusions et tromperies sur les étals des poissonniers, des listes officielles sont publiées par l’État et l’Union européenne recensant les noms autorisés. Et désormais, les noms scientifiques des espèces sont affichés sur les étiquettes.
De son côté, l’Ifremer établit des listes qui reprennent les noms communs les plus utilisés couplés au nom scientifique de l’espèce.
Comment se forment les noms scientifiques des espèces ?
Si les noms vernaculaires des poissons peuvent varier d’une région à l’autre, et d’une langue à l’autre, le nom scientifique est unique et universel. Ces noms scientifiques sont référencés dans le Code International de Nomenclature Zoologique (ICZN) et concernent tous les animaux.
Les règles de création et de priorité des noms scientifiques des animaux sont définies par la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique.
Quelles sont les règles de création ?
On doit au naturaliste suédois Carl von Linné les bases de la nomenclature binominale.
Un nom composé de deux mots
Chaque espèce porte un nom se composant de deux mots, en latin scientifique ou latinisés et présentés toujours en italique.
Le premier mot porte toujours une majuscule et qualifie le genre de l’animal. L’épithète qui suit précise l’espèce au sein du genre. À ce nom s’ajoutent le nom de la personne qui a décrit l’espèce en premier et la date.
La morue
Prenons l’exemple de la morue Gadus morhua (Linnaeus, 1758).
Gadus, terme latin d’origine grecque qualifie les poissons ressemblant aux morues et morhua, terme ressemblant à la dénomination ancienne nordique pour la morue !
Choisir un nom : quelques règles à suivre
La personne qui découvre une nouvelle espèce a le privilège de lui donner un nom. Elle doit cependant respecter quelques règles :
- L’épithète doit être descriptif : Naso brevirostris, brevirostris qualifiant le « rostre court » de ce poisson du genre Nason.
- Ou géographique : comme le lion de mer ou otarie de Californie Zalophus californianus
- Parfois certains scientifiques rendent hommage à des personnalités en créant une épithète à partie de leurs noms. Ainsi un isopode découvert en Afrique de l’Est, à Zanzibar fait référence à Freddy Mercury, originaire de l’île. Il porte le nom de Cirolana mercuryi.
Donner un nom à un animal ne suffit pas pour légitimer l’existence d’une nouvelle espèce. Plusieurs obligations sont à remplir :
- La description de cette nouvelle espèce doit faire l’objet d’une publication scientifique et doit être validée.
- Un spécimen physique qu’on appelle holotype doit être conservé dans un musée comme le Muséum national d'Histoire naturelle à Paris pour servir de référence absolue pour l’espèce.
- Enfin, le nom doit respecter le code de la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique (ICZN).
Le premier nom valide publié est le seul vrai nom. Si un même poisson est découvert à deux endroits différents et porte deux noms différents, c’est le nom publié en premier qui devient le nom officiel et le seul utilisé.
Les changements de nom
L’évolution des connaissances en génétique conduit régulièrement les scientifiques à revoir la classification des espèces et, par conséquent, à modifier leurs noms. Après séquençage, deux espèces réputées distinctes peuvent s’avérer n’être qu’une seule, ou au contraire, un nom unique peut désigner plusieurs espèces « sœurs » qu’il devient nécessaire de séparer.
La fusion de noms intervient également lorsqu’on découvre que des juvéniles et des adultes d’une même espèce – aux apparences radicalement différentes – ont été décrits comme appartenant à des espèces distinctes.
À ces évolutions scientifiques s’ajoutent aujourd’hui des réflexions éthiques et culturelles : l’usage de noms inspirés de personnalités de la pop culture interroge, tout comme la conservation de noms honorant des figures dont la réputation est devenue embarrassante au regard des valeurs actuelles.
Quel visage prendra donc la nomenclature de demain ? Une chose est certaine : elle continuera d’évoluer au rythme des découvertes scientifiques et des sensibilités de notre époque.