Biodiversité marine 6mn
Son et audition chez les animaux marins
L’océan, le monde du silence ? Pas du tout ! Sous la surface, ça gronde, ça claque, ça frotte, ça clique, ça s’interpelle… et même, ça communique.
L’image de l’océan comme un monde fait de silence a vécu. Sous la surface de l’océan, les animaux marins entendent mais produisent aussi des sons, parlent et communiquent.
Comment ? Plongeons ensemble à la découverte des sons fascinants de l’océan.
La perception des sons dans l’océan
Les poissons n’ont pas d’oreilles, comment entendent-ils ?
En effet, les poissons n’ont pas d’oreilles externes ni de tympan mais ils entendent grâce à leurs oreilles internes situées dans le crâne. L’oreille interne contient des otolithes, des petits cristaux qui vibrent avec les ondes sonores.
Ils perçoivent aussi les ondes, les vibrations et les basses fréquences par ces organes sensoriels que sont les lignes latérales situées sur leurs flancs.
Et chez les requins ?
Chez les requins, il n’y a pas d’oreilles externes non plus. Leur audition repose sur une oreille interne reliée à des canaux remplis de liquide, capables de détecter les vibrations. Ils sont particulièrement sensibles aux sons graves, dont les fréquences correspondent aux vibrations produites par des animaux blessés ou en mouvement. Grâce à cette capacité, les requins peuvent localiser leurs proies à de grandes distances.
Ils portent également une ligne latérale pour détecter les mouvements dans l’eau. Pour affiner la localisation de leur cible, les requins mobilisent d’autres sens, notamment l’odorat et l’électroréception.
Comment entendent les mammifères marins ?
Chez les mammifères marins, l’audition et l’émission de sons diffèrent selon qu’il s’agit des odontocètes (dauphins, orques, cachalots) ou des baleines à fanons (mysticètes), comme les baleines à bosse.
Chez les cétacés odontocètes, les sons sont principalement captés par la mâchoire inférieure, qui contient des couches de graisse appelés huile mandibulaire. Les vibrations sonores traversent ensuite la mandibule, puis l’oreille moyenne, avant d’atteindre l’oreille interne où elles sont transformées en signaux électriques.
Chez les cétacés odontocètes,
Les nombreuses cellules sensorielles de l’oreille interne des odontocètes leur donnent une grande sensibilité aux hautes fréquences. Ils se distinguent des baleines à fanons par leur capacité à pratiquer l’écholocalisation.
Les odontocètes émettent des ultrasons sous forme de clics qui servent à repérer des obstacles ou des proies dans leur environnement. Lorsque ces clics rencontrent une cible, ils reviennent sous forme d’échos, sont captés par la mandibule puis analysés par le cerveau. Les dauphins, orques et cachalots peuvent ainsi déterminer la distance, la taille, la forme, la texture et la vitesse de déplacement de l’objet.
Chez les baleines à fanons
Cette capacité n’existe pas chez les baleines à fanons. Celles-ci perçoivent principalement les basses fréquences, et parfois les infrasons (sous 20 Hz), qui peuvent se propager sur des centaines de kilomètres. Elles émettent également des sons très graves en faisant vibrer l’air dans leur larynx — notamment des chants comme chez la baleine à bosse — qui peuvent parcourir de longues distances dans l’océan. ci perçoivent principalement les
Les pinnipèdes comme les otaries ou les phoques entendent aussi bien dans l’air que dans l’eau. Leurs vibrisses leur permettent de percevoir les vibrations dans l’eau. Les otaries se distinguent des phoques par la présence d'oreilles externes.
La communication des animaux marins : sous l’eau, comment font-ils ?
On connaît bien les chants des baleines, les clics et sifflements des dauphins et des cachalots, ou encore les aboiements des otaries… mais comment, au juste, communiquent les poissons ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, de nombreuses espèces de poissons émettent elles aussi des sons. Certaines produisent des grognements en faisant vibrer leur vessie natatoire par la contraction des muscles qui l’entourent, comme le grondin perlon.
D’autres procèdent par stridulation, en frottant leur nageoire contre leur ceinture pectorale ou en grinçant des dents, à l’image des gorettes de la famille des Haemulidae. Le poisson-clown, lui claque des dents pour signaler sa présence ou défendre son anémone.
Les coquillages et les crustacés font du bruit
D'autres animaux marins ont des façons surprenantes de produire des sons.
La crevette pistolet par exemple produit en claquant son énorme pince un son proche d'une arme à feu... jusqu'à assommer ses prédateurs. La coquille Saint-Jacques émet elle aussi des claquements quand elle referme brusquement les valves de sa coquille. On dirait même qu'elle éternue !
Quant à la langouste rouge, elle émet un son qui s’entend à 3 km à la ronde en frottant ses antennes contre sa tête.
Les requins sont-ils muets ?
Les requins, qui sont des poissons cartilagineux ne possèdent ni os, ni vessie natatoire. Ils ne peuvent donc pas communiquer de la même manière que les poissons osseux. On a donc longtemps pensé que ces animaux étaient silencieux – non, les deux notes entêtantes annonçant l’attaque du grand requin blanc dans les Dents de la mer ne comptent pas.
Pourtant, des chercheurs ont récemment enregistré des « clics » courts et répétés, produits par des émissoles Mustelus lenticulatus lors de manipulations en bassin en Nouvelle-Zélande. Les sons pourraient provenir du frottement de leurs dents plates placées en mosaïque. Une découverte surprenante pour les chercheurs : chez les requins, les dents tombent facilement quand elles entrent en contact avec un matériau dur.
En 2022, une autre étude de terrain menée en Indonésie et en Australie a également enregistré des cliquetis émis par deux espèces de raies, la raie pastenague noire à points blancs, (Urogymnus granulatus) et la pastenague (Pastinachus ater), lorsqu’elles étaient approchées par des plongeurs.
Plus récemment, trois espèces de raies de Méditerranée, la raie lisse (Raja brachyura), la raie râpe (Raja radula) et la torpille marbrée (Torpedo marmorata), ont été signalées produisant des cliquetis courts et à large bande lorsqu'elles étaient dérangées par des plongeurs.
Quels sont les impacts des activités humaines sur l’audition des animaux marins et sur leur capacité à communiquer ?
Sous la surface de l’océan, les animaux marins émettent des sons et communiquent mais cet univers acoustique peut être perturbé par les activités humaines.
Le bruit sous-marin d’origine humaine est aujourd’hui l’une des menaces les plus sérieuses pour la communication des mammifères marins : le trafic maritime, les sonars militaire et civil, les activités industrielles comme les forages ou construction d’éolienne offshore, l’exploration pétrolière et gazière, toutes ces activités sont bruyantes et sources de perturbations.
Le bruit perturbe le comportement des mammifères marins, les stresse, les désoriente, altère leurs signaux vitaux et peut même provoquer des dommages physiques. À long terme, il menace directement la survie de certaines populations animales.