Biodiversité marine 3mn
Pourquoi certains poissons vivent-ils en banc ?
L’union fait la force ! La stratégie de la vie en banc chez les animaux marins.
En fin de journée, dans le grand bassin de Nausicaá, on peut assister à un changement de comportement des individus : le rythme des poissons ralentit, les requins nagent calmement, la grande raie Manta semble planer au-dessus de tous et les bancs de poissons se resserrent et se préparent pour la nuit.
Mais pourquoi certaines espèces de poissons vivent-elles en banc ?
Une première raison évidente : se protéger des prédateurs
L’union fait la force ! L’effet de masse que représente le banc protège le poisson d’une attaque individuelle. Le poisson se fond dans cette forme vivante et les impressionnants mouvements synchronisés du banc rendent difficile l'attaque ciblée d’un prédateur.
Chaque individu voit ses voisins et les « sent » aussi grâce à sa ligne latérale. Il perçoit les vibrations et les mouvements de l’eau et peut ainsi adapter sa position, sa vitesse et sa direction en fonction de celle de son voisin.
L’organisation du banc est une chorégraphie finement coordonnée !
On connait aussi le déplacement en banc chez le zooplancton lorsque ces micro-organismes remontent en nombre la nuit pour se nourrir de phytoplancton puis redescendent se cacher le jour dans les profondeurs pour échapper aux prédateurs.
Plus le banc est grand et dense, plus l’individu augmente ses chances de survie. D’autant plus que la vigilance collective du groupe garantit une réaction immédiate en cas de danger.
Les prédateurs forment aussi des bancs !
La stratégie du banc est également utilisée par les prédateurs eux-mêmes qui, lorsqu’ils sont en nombre, peuvent facilement entourer leurs proies avant de passer à l’attaque.
Les thons utilisent cette technique pour fondre sur un banc de sardines : ils encerclent le groupe des petits poissons, limitant ainsi leur fuite. Cette stratégie réduit l’effort individuel, économise l’énergie et s’avère plus efficace qu’une attaque solitaire pour faciliter l’accès à la nourriture à un grand nombre de thons.
Économiser de l’énergie
Se déplacer en peloton
À l’image des cyclistes du Tour de France qui, en roulant en peloton, ménagent leurs efforts, lorsque les poissons nagent en bancs, ils dépensent moins d’énergie.
Le déplacement en groupe réduit la résistance de l’eau de la même manière que les coureurs cyclistes bénéficient d’une résistance de l’air moindre en roulant en groupe.
Se reproduire
La formation en banc peut aussi faciliter la reproduction d’une espèce dont les individus sont présents en nombre au même endroit comme par exemple chez les harengs ou les sardines.
Un phénomène spectaculaire se déroule au large de l’Afrique du Sud durant l’hiver austral : des milliards de sardines s’y rassemblent pour frayer formant un banc de plusieurs kilomètres de long. Cet événement, qui facilite la reproduction de l’espèce, constitue également une source de nourriture exceptionnelle pour de nombreux prédateurs. Requins, fous de Bassan, dauphins, phoques et baleines de Bryde profitent pleinement de cette abondance alimentaire.
En 2014, Laurent Bellesta, photographe naturaliste a documenté le rassemblement impressionnant de milliers de mérous dans l’atoll de Fakarava, en Polynésie française. Une fois par an, à la pleine lune, en juin ou juillet, mâles et femelles libèrent leurs gamètes dans l’océan lors d’un épisode unique de reproduction. Cet évènement éphémère est connu des requins gris de récifs qui, par centaines, viennent profiter de cette manne de nourriture.