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Pêcher mieux grâce à l’intelligence artificielle
Comment mieux cibler les espèces en mer et éviter les captures non désirées ? Des scientifiques développent des outils pour accompagner les pêcheurs.
Au quotidien, l’activité de pêche devient de plus en plus complexe. Entre raréfaction des ressources, effets du changement climatique et évolution des réglementations, les professionnels doivent régulièrement faire évoluer leurs pratiques.
Pour trouver le bon poisson au bon endroit et éviter de capturer des espèces non désirées, des projets scientifiques explorent les opportunités liées à l’intelligence artificielle. Autre avantage : adopter des pratiques plus respectueuses de l’océan.
Mieux cibler les zones de pêche
Lorsqu’ils prennent la mer, les pêcheurs ciblent des espèces précises, mais encore faut-il savoir où elles se trouvent.
Le projet Pontos développe des outils capables d’analyser les conditions environnementales, les observations en mer et certaines informations satellitaires.
En croisant ces différentes données grâce à des algorithmes, il devient possible de repérer les secteurs les plus favorables. De quoi limiter les captures accessoires, c’est-à-dire la prise involontaire d’autres espèces coincées dans les filets, et éviter des déplacements inutiles en mer.
Image ci-contre : Ces données satellites aident à comprendre où se concentrent certaines espèces marines. Données - Copernicus Marine Service (CMEMS)
Observer ce qu'il se passe dans les engins de pêche
Que se passe-t-il dans les filets lors de la capture ?
Le projet norvégien Deep Vision utilise des caméras installées dans les chaluts pour filmer les poissons au moment où ils entrent dans le filet. Les images sont ensuite analysées grâce à une intelligence artificielle entraînée à reconnaître les différentes espèces et à estimer leur taille. Une automatisation qui permet de décrypter rapidement des milliers d’images collectées.
À terme, ces systèmes pourraient aussi permettre d’analyser les vidéos en temps réel et d’aider les équipages à adapter leurs pratiques pendant la marée, par exemple en relevant le chalut plus tôt ou en changeant de zone.
Ces observations sur le comportement des poissons pourront aussi nourrir les recherches consacrées à l’amélioration des engins de pêche : taille des mailles, forme des filets ou dispositifs permettant à certaines espèces de s’échapper.
Remonter la piste des poissons
Autre aspect à prendre en compte pour une pêche durable : être à l’écoute des poissons. Cette fois l’intelligence artificielle va aider à mieux estimer les populations et les relations entre espèces.
À l’Ifremer, des équipes de recherche travaillent sur l’analyse automatisée des otolithes, des cristaux situés dans l’oreille interne des poissons. Leur forme varie selon les espèces et l’environnement dans lequel vivent les poissons.
Photo ci-contre : Ces petites structures calcaires situées dans l’oreille interne permettent d’estimer l’âge des poissons mais aussi leur environnement. Photo : Hans Hillewaert / Wikimedia Commons.
Ces minuscules structures peuvent se retrouver dans l’estomac de prédateurs, parfois intactes après digestion. En les analysant, les scientifiques peuvent identifier les espèces consommées et mieux comprendre les relations alimentaires dans l’océan.
En entraînant des algorithmes à reconnaître ces formes en trois dimensions, l’intelligence artificielle permet d’accélérer ce travail d’identification et d’exploiter de grandes bases de données. Autant d’informations précieuses pour mieux comprendre les écosystèmes marins et orienter la gestion durable des activités de pêche.
L’intelligence artificielle ouvre ainsi de nouvelles pistes pour mieux comprendre l’océan : identifier les zones où se concentrent certaines espèces, observer ce qui se passe dans les engins de pêche ou analyser les populations de poissons.
Mais ces technologies n’en sont encore qu’à leurs débuts et leur adoption dépendra de leur coût, de la qualité des données et de leur intégration dans les pratiques de pêche.