Le retour inattendu de la coquille

Après un repas de fruits de mer, les coquilles ont encore quelque chose à offrir.

Des assiettes vides, un fond de citron et un monticule de coquilles sur le côté. Le repas fut un succès, les fruits de mer délicieux, mais il est temps de débarrasser. D’un seul geste, le bac à coquilles finit à la poubelle. 

Une scène banale, presque machinale. Et pourtant, elle dit beaucoup de notre rapport à la mer : on la savoure dans l’assiette, puis on passe à autre chose.   

NAUSICAÁ a voulu se poser une question simple : comment valoriser les déchets de coquilles ?

Depuis quelques années, une poignée de designers, artisans et collectifs regardent ces coproduits d’un autre œil. Non plus comme ce qu’il faut jeter, mais comme ce qu’il reste à faire. Les coquilles de fruits de mer se transforment en objets, en surfaces, en bijoux, en matériaux durables. 

Nous nous sommes intéressés à trois projets qui donnent une seconde vie aux coquilles. Les réalisations changent, mais l’intuition est identique : même après le repas, la mer a encore des choses à offrir. 

Guscio 

Premier arrêt chez Guscio. Ici, sur la Côte d'Opale, la coquille Saint-Jacques n’a pas dit son dernier mot et c’est Clément Delattre qui lui donne de la voix. Fils de marin, il part d’un constat très concret : chaque année, des tonnes de Saint-Jacques sont consommées et les coquilles jetées, sans véritable valorisation. Un résidu abondant, encombrant, et largement sous-exploité.

Pendant plus d’un an, Clément a mis au point un système de recyclage spécifiquement pensé pour ces coquilles. 

Après consommation, elles sont collectées, nettoyées, broyées, puis recomposées avec un liant naturel pour devenir un matériau à part entière. 

Porté par le Blue Living Lab de Nausicaá, notre espace d’expérimentation dédié aux innovations océaniques, le projet donne naissance à des objets et surfaces au look minéral, clair, presque brut. Rien n’est caché, les fragments restent visibles, comme une signature.

EtNISI 

Chez EtNISI, les coquilles de moules quittent les cuisines pour investir la maison. Collectées, nettoyées puis broyées, elles sont transformées en un matériau composite destiné à l’aménagement intérieur. 

Objets décoratifs, pots, crédences, plans de travail, vasques ou meubles de salle de bain : la coquille noire et nacrée devient surface. Une matière minérale, texturée, unique à chaque fabrication. 

Le contraste fait tout. Ce qui restait hier d’un plat de moules-frites s’invite aujourd’hui dans nos intérieurs. Les aspérités restent visibles, les fragments racontent leur origine maritime. Rien n’est lisse, rien n’est standardisé. 

Ostrea 

Troisième projet, troisième coquillage. Rendez-vous avec l’équipe d’Ostrea, dans le Finistère Sud. Le projet démarre à Riec-sur-Bélon quand quatre amis font la rencontre d’ostréiculteurs bretons. Ils découvrent alors que les coquilles d'huîtres issues de l’exploitation ne sont pas recyclées et finissent leur vie en “Zone d’Enfouissement Technique”.   

Face à cette situation Ostrea voit le jour, avec l’objectif de donner une seconde vie à ces déchets. Broyées puis assemblées, les coquilles d'huîtres deviennent un matériau composite formidable. Une fois polies, les surfaces révèlent une matière claire, mouchetée, presque minérale façon terrazzo. 

Guscio, EtNISI et Ostrea racontent la même histoire, chacun à sa manière. En transformant des coquilles en objets, ces projets déplacent notre regard sur ce que l’on appelle “déchet”.  

On vous le dit, nos coquilles ont du talent.