LE CORAIL, PLUS GRAND CONSTRUCTEUR DE LA PLANÈTE, EST UN ÊTRE VIVANT FRAGILE ET MENACÉ

À Nausicaá, les divers bassins et aquariums abritent plus de 70 espèces de coraux.

Cet animal particulier est constitué de minuscules individus qui ensemble forment le récif et vivent en symbiose avec des algues microscopiques.

QU’EST-CE QUE LE CORAIL ?

Les coraux sont des animaux très anciens. Leur apparition date du Précambrien, il y a 900 millions d’années, tout comme leurs cousines les méduses.

Avec en plus les gorgones et les anémones, ils forment le groupe des Cnidaires. Les Cnidaires se caractérisent par un corps primitif à orifice unique, muni de tentacules urticants. D’ailleurs, le mot cnidaire vient du grec knidê qui signifie ortie.

Malgré son apparence de plante, le corail est bel et bien un animal. Chaque individu de corail est appelé polype. Le corail est une colonie de polypes, qui vit fixée sur le fond des océans.

UNE DIVERSITÉ IMPRESSIONNANTE !

  • Différents types de coraux

On estime qu’il existe actuellement dans le monde 800 espèces de coraux et environ 200 genres.

Ils se répartissent majoritairement dans les eaux chaudes, à proximité de la surface, mais il existe aussi des coraux dits d’eaux froides ou coraux profonds. Ceux-ci se développent le long des marges continentales à des profondeurs variant de quelques centaines de mètres à plus de mille mètres. Il en existe même dans les profondeurs de la mer Méditerranée.

Les coraux synthétisent tous du calcaire au cours de leur vie. Très diversifiés, ils peuvent être : – souples, à squelette corné (Gorgones, Antipathaires)

– mous sans squelette (Alcyonaires, Dendronephthya). Chez les coraux mous, le calcaire est disséminé dans les tissus.

– durs à squelette calcaire (Acropora, Porites, Euphyllia …)

Les coraux durs, fabriquent un squelette calcaire externe puis, en se soudant solidement les uns aux autres, ils édifient les récifs coralliens. On les appelle aussi les coraux constructeurs. Ils sont capables de construire le récif au fur et à mesure de l’expansion et de la multiplication des colonies. C’est le cas des Scléractiniaires.

 

  • Biologie et comportement

Dans l’obscurité, les polypes de corail déploient leurs tentacules pour capturer des micro-organismes. Mais afin d’obtenir les compléments nutritifs nécessaires à leur croissance, les coraux durs (Scléractiniaires) vivent en symbiose avec des algues microscopiques, les zooxanthelles, qui sont

hébergées dans leurs tissus.

Les zooxanthelles favorisent la précipitation du calcium dissous dans l’eau lorsqu’elles absorbent le gaz carbonique de l’eau au cours du processus de photosynthèse. Cela aide le corail à bâtir son squelette.

Cette association étonnante avec les zooxanthelles est essentielle à leur survie. Voilà pourquoi les coraux s’installent dans des eaux claires et lumineuses : ils exposent leurs algues au soleil afin qu’elles puissent se développer !

 

  • La fluorescence chez les coraux

La plupart des coraux sont fluorescents. Ce sont les animaux et non le squelette corallien qui disposent de ces propriétés fluorescentes. Ils possèdent en effet ces molécules nommées « GFP » (Green fluorescent protein) qui permettent d’absorber la lumière à une longueur d’onde donnée (invisible) pour la restituer à une autre longueur d’onde (visible).

Actuellement, on sait peu de choses sur le rôle exact de la fluorescence du corail.

Cependant, parmi les hypothèses les plus probantes, il semblerait que dans les zones peu éclairées, la fluorescence change les radiations bleues, les seules à subsister en profondeur, en radiations utiles pour leurs algues symbiotiques qui vont réaliser la photosynthèse.

La fluorescence permettrait donc aux coraux de s’implanter dans des milieux moins favorables où la lumière se fait plus rare. D’autres hypothèses ont été émises telles qu’un rôle de photo-protection et/ou d’intensification de certaines longueurs d’ondes lumineuses ou plus récemment, une protection des cellules contre les radicaux libres.

Le récif corallien

L’ensemble des coraux et des êtres vivants qui vivent près de lui constituent l’écosystème du récif corallien.

« Le récif corallien est une construction biologique des eaux marines chaudes, formée d’un empilement de squelettes secrétés par des organismes vivant en colonies et où dominent les coraux. C’est tout à la fois un cimetière et une pouponnière ».

Source : Encyclopédie Larousse de la Nature. La planète de la vie. Ed. Larousse 1993, P 73

  • Un écosystème très riche

C’est l’un des écosystèmes les plus diversifié de notre planète, sur le plan biologique et aussi l’un des plus anciens. Les récifs coralliens sont présents dans plus de 100 pays, dans les mers tropicales, recouvrant une surface équivalente à celle de l’Italie (environ 300 000 km²). La grande majorité des formations coralliennes se développe entre la surface et une trentaine de mètres de profondeur.

Les conditions nécessaires à ces formations sont :

– une température d’au moins 20°C

– une teneur en sel constante

– une intensité lumineuse suffisante

Le développement d’un récif corallien peut être interrompu par les variations naturelles de ces trois facteurs.

Les récifs coralliens couvrent moins de 0,2 % de la surface des océans, mais abritent plus du quart de la totalité de la biodiversité marine globale. Une multitude d’espèces à la base des chaînes alimentaires marines s’y reproduisent et y trouvent abri et nourriture.

Un récif corallien peut rassembler des centaines d’espèces différentes. Près de 5 000 espèces de poissons et mollusques y ont été identifiées, 400 espèces de corail, et plus de 2 500 récifs distincts, dont plus de mille participent à la construction des récifs.

Le Triangle de Corail situé entre les îles Salomon, l’Indonésie et les Philippines, regroupe les îles indonésiennes de Raja Ampat où serait située la plus importante biodiversité marine de la planète. On y recense plus de 1 000 espèces de poissons et 537 espèces de coraux !

  • Le récif corallien, un patrimoine mondial pour l’humanité

Certains récifs coralliens sont inscrits au Patrimoine Mondial élaboré par l’UNESCO.

La Grande barrière de Corail est le plus grand ensemble corallien du monde.

Située au nord-est de la côte australienne, avec ses 400 espèces de coraux, ses 1 500 espèces de poissons et ses 4 000 espèces de mollusques, elle offre un magnifique spectacle d’une variété extraordinaire et d’un haut intérêt scientifique.

C’est aussi l’habitat d’espèces menacées d’extinction, comme le dugong et la grande tortue verte.

La France posséde dans ses territoires ultra-marins environ 10 % des récifs coralliens mondiaux. Parmi les récifs coralliens français classés au Patrimoine Mondial, on peut citer les lagons de Nouvelle-Calédonie qui couvrent une étendue plus vaste que la région des Hauts-de-France.

  • A quoi sert un récif corallien ?

Les récifs coralliens et leurs écosystèmes associés sont l’équivalent sous la mer de la forêt tropicale sur terre en terme de biodiversité. Leur importance dans le fonctionnement écologique global mais également leur apport en terme socio-économique (pêche, tourisme) et dans le développement de hautes technologies médicales sont capitaux. Près de 500 millions de personnes dans le monde tirent leur subsistance des récifs coralliens !

Les récifs coralliens sont extrêmement précieux car :

  • ils forment autour des côtes des barrières de protection contre les vagues et limitent ainsi l’érosion marine en absorbant 70 à 90 % de la force des vagues
  • ils font partie des écosystèmes marins qui produisent le plus de biomasse vivante
  • ils constituent une importante source de nourriture pour de nombreuses populations côtières
  • ils supportent plus d’espèces par unité de surface que tout autre habitat marin. Les scientifiques estiment à plusieurs millions le nombre d’espèces encore inconnues vivant sur les récifs coralliens ou à proximité.
  • ce réservoir de biodiversité pourrait fournir à la médecine du 21ème siècle des molécules essentielles : de nombreux organismes récifaux produisent des substances biochimiquement puissantes, dont on étudie les effets contre l’arthrite, le cancer et autres maladies.
  • par leur seule beauté, les récifs contribuent au développement des économies locales, en attirant touristes et amateurs de plongé

Mais l’importance du récif va bien au-delà. Il joue un rôle de nurserie pour les espèces du grand large. Les coraux fixent du carbone et interviennent dans le cycle du CO², principal gaz à effet de serre. Enfin le récif contribue à nos loisirs, à notre santé, à notre culture…

Les coraux servent également de marqueurs du passé. Leur étude des squelette coralliens qui constituent la base du récif permet d’étudier les facteurs de l’environnement au cours des âges.

Les récifs coralliens fournissent entre 1 000 et 6000 $ US  par hectare et par an de « services » à l’humanité en contribuant à l’économie et à la protection des côtes par exemple. Ils jouent également un rôle culturel, écologique et touristique.

Les récifs coralliens comptent parmi les écosystèmes les plus complexes et les plus riches mais aussi les plus précieux économiquement et les plus exploités.

Coraux menacés

Les interventions humaines peuvent détériorer  les récifs coralliens: pêche intensive, prélèvements immodérés, déversements de substances polluantes, pratiques de remblaiement, pression démographique croissante…

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde a ainsi perdu 19 % de ses récifs coralliens, notamment dans les zones littorales très urbanisées.

Les coraux subissent désormais le réchauffement climatique. Cela se traduit par :

  • Le blanchissement du corail

Les coraux blanchissent lorsque leurs algues symbiotiques, les zooxanthelles, sont expulsées des polypes ou perdent leurs pigments. Cette perte des zooxanthelles peut aboutir à la mort des coraux. Le blanchissement  peut être provoqué par différents stress dont la pollution et la hausse des températures océaniques. On a observé au cours des dernières décennies plusieurs épisodes massifs de blanchiment affectant de vastes zones.

  • L’acidification des océans

L’augmentation du CO2 dans l’océan augmente son acidité et menace probablement la survie à long-terme de beaucoup d’espèces marines et plus spécifiquement des coraux car il impacte l’édification de leur squelette calcaire.

DES PROGRÈS EN MATIÈRE DE PROTECTION

La création de réserves et d’aires protégées où les activités humaines sont contrôlées permet de préserver les récifs. Par exemple, dans le Pacifique, deux immenses aires marines protégées (AMP) consacrées aux récifs coralliens ont été établies par les gouvernements des Etats-Unis et de Kiribati en 2006.

De même, après un épisode de blanchissement qui a dévasté les récifs coralliens de l’océan Indien, aux Seychelles, aux Chagos et aux Maldives en 1998, on note aujourd’hui une nette amélioration de l’états de ces récifs lié à la régénération des coraux.

Certains récifs coralliens comme ceux de la Nouvelle-Calédonie ont même été classés au Patrimoine Mondial de l’Humanité pour assurer leur protection.

D’autres initiatives internationales ont vu le jour pour lever des fonds et développer des campagnes de sensibilisation pour protéger les coraux, comme « l’Initiative pour le Triangle de Corail » en Asie du Sud-Est ou encore l’Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI) créée en 1994.

QUELLES SOLUTIONS POUR PRÉSERVER LES RÉCIFS CORALLIENS ? 

  • Limiter le réchauffement climatique : en réduisant le taux actuel de gaz à effet de serre et en développant la production d’énergie durable
  • Optimiser la résilience des récifs coralliens : en contrôlant les activités humaines qui détériorent l’état des récifs pour permettre aux coraux de se régénérer, en luttant contre la pollution ou en mettant en place une gestion des espaces littoraux qui n’impacte par le récif (aménagement des côtes)
  • Augmenter le nombre d’aires marines protégées
  • Protéger les récifs coralliens isolés : certains récifs coralliens sont éloignés de toute activité humaine; en les protégeant, ils pourraient servir de réservoir de biodiversité
  • Restaurer les récifs dégradé L’association Reefscapers, soutenue par Nausicaá, utilise la technique du bouturage dans le milieu naturel pour repeupler les récifs aux Maldives après des épisodes de blanchissement liés au changement climatique.

 

 

SOURCES

ARTICLES

Joël RABOTEUR et Marie-Françoise RODES. Application de la méthode d’évaluation contingente aux récifs coralliens  dans la Caraibe : étude appliquée à la zone de Pigeon de la GuadeloupeVertigo, revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 7 Numéro 1, avril 2006
http://vertigo.revues.org/2167

M. QUINTIN. Qui  a découvert la fluorescence X ? Journal De Physique IV, Colloque C4, supplément au Journal de Physique III, Volume 6, juillet 1996
http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/25/43/39/PDF/ajp-jp4199606C456.pdf

Une protéine issue des méduses prix Nobel de chimie. France Info, 8 Octobre 2008
http://www.franceinfo.fr/sciences-recherche-2008-10-08-une-proteine-issue-des-meduses-prix-nobel-de-chimie-195882-29-32.html 

LIVRES

  1. ROBERT, J. REY-DEBOVE et A. REY.Dictionnaire Petit Robert.Ed. Robert, 2004
  2. CAUSSE.Grande Encyclopédie Fleurus de la Mer, Ed. Fleurus, 2003
  3. WEINBERG.Découvrir locéan Pacifique tropical. Ed. Nathan, coll. Guides Nature – Découvrir, 2004
    A. et A. FERRARI.Récifs coralliens. La faune sous-marine des coraux. Ed. Delachaux&Niestlé, 2000

Collectif. Océan. Encyclopédie universelle. Ed. Geo/Gallimard, 2006
B. SALVAT. Photog. C. RIVES. Le Corail et les récifs coralliens. Ed. Ouest-France, 2003
B. ROBIN, C. PETRON, C. RIVES. Coraux du Monde. Ed. Delachaux&Niestlé, 1988
J.SPRUNG. Trad. Et adapt. J.M. BOUR. Coraux. Guide pratique didentification et de maintenance. Ed. Ricordea Publishing, 2000

  1. BREUIL.Dictionnaire des Sciences de la Vie et de la Terre. Ed. Nathan, 2005
  2. CATALA.Offrandes de la mer. Ed. La Maison Rustique-Flammarion, 1986

SITES:

IFREMER.

Portail du gouvernement : la protection des récifs coralliens.

UNESCO.

Encyclopedia Universalis en ligne.

Coral Biome.
Reefscapers.

Aquarium de Nouméa.

 

Crédits photos
A.Frezel / RichardV/ Sophie Fallon / C.Dessaint / A.Vasenin / B.Armand / iStock / Richard Whitcombe-123RF  /

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